(1709-1784)
 |
| |
Au XVe
siècle, le château appartenait aux de Couderc, famille de notaires
de Luzech.
Au XVIe siècle les de Courtois sont seigneurs de Caïx.
Dans son
Livre de main,
l'historien du Pouget rapporte que le 26
mars 1492 « périt par eau une pleine nacelle de gens pauvres
allant cueillir l'aumône au château de Caïx, parce que le dit
jour, le seigneur du dit château a accoutumé de faire aumône
générale à tous les pauvres qui se présentent devant le dit
château, le jeudi saint.
»
Par son mariage avec Hélène de Courtois, en 1640, Géraud Lefranc,
président de la Cour des aides de Cahors, devint seigneur de Caïx.
« Le château de Caïx, écrit l'abbé Duffo, historien de Lefranc de
Pompignan, est des plus pittoresques ; protégé des vents du nord par
une montagne abrupte, à laquelle il est adossé. La construction,
de forme rectangulaire, est flanquée de quatre tours rondes, une à
chaque extrémité, et d'une tour carrée, au centre de l'édifice, formant le côté sud. Deux façades principales de midi et de l'est.
Devant la façade du midi une belle terrasse et un beau jardin.
Quelques mètres plus loin, sur le flanc de la montagne et
surplombant à une grande hauteur la rivière du Lot, se trouve un
élégant belvédère, orné de sept colonnes rondes, d'ordre dorique.
De là on a une vue superbe, en face de Parnac, sur la vaste plaine
qui s'étend au loin. C'est en vue de ce panorama grandiose que Lefranc allait chercher l'inspiration et composa sa
Didon et ses
oeuvres poétiques. »
Ce château, manoir familial des Lefranc, fut la demeure favorite de
Caïx au XVllle siècle.
Lorsqu'il fut question de transférer la Cour des aides à Montauban,
les collègues de Géraud Lefranc le chargèrent de présenter au roi
Louis XIV un placet en vue d'obtenir le maintien de la Cour à
Cahors.
On sait que les doléances des Cadurciens ne furent pas écoutées et
que, deux ans après, le roi rendit l'édit qui dépouillait Cahors au
profit de Montauban.
Géraud Lefranc suivit la cour dans cette nouvelle résidence ; son
fils et son petit-fils lui succédèrent dans cette charge de
président, ainsi que son arrière-petit-fils.


 |
|
Le Marquis de Pompignan, dont le vin était déjà
réputé, vantait sa production en ces termes :
Espoir naissant de ma
culture, jeune vigne dont les rameaux feront un jour de ces coteaux et le
richesse et la parure... Après la révolution de 1789, le Château de
Caïx passa
à diverses familles pour devenir la propriété des souverains danois en
1975. Le Prince Consort, issu d'une famile de la région, Les Monpezat, eux aussi producteurs de vins renommés, entreprit la
restauration des vignes.
|
 |
Le Marquis de Pompignan. Gravure 1788, Delvaux.
|
 |
Gravure Bibliothèque de Cahors.
Photo Pierre Maisonneuve.
COURTE BIBLIOGRAPHIE
par René Vienet :
- Théodore E.D. Braun, Un ennemi de Voltaire : Le Franc de
Pompignan, Paris, Minard Lettres moderne, 1972.
- Guillaume Robichez, J-J. Le Franc de Pompigan : un
humaniste chrétien au siècle des Lumières, Paris, Sedes, 1967.
- Didier Masseau, Les ennemis des philosophes, pp.
149-156. Albin Michel Idées, Isbn 2-226-11663-X
|
|


Tableau représentant
J.-J. Lefranc de Pompignan. Académie des Jeux Floraux, Hotel dAssézat,
Toulouse, Photo P. Cros.
Ce portrait a été publié pour la première
fois dans Marie-Olympe de Gouges, ouvrage d' Olivier Blanc aux Éditions René Viénet,
2004. Dans
cet ouvrage, l'auteur reprend et détaille la thèse de
Marie-Olympe selon
laquelle Jean-Jacques Lefranc de Pompignan est son père. |
C'est à
Montauban que, le 10 août 1709, naquit
Jean-Jacques Lefranc de Pompignan,
arrière-petit-fils de Géraud. Son frère plus jeune, Jean-Georges, fut
archevêque de Vienne, en Dauphiné. Député du clergé aux Etats Généraux de
1789, Jean-Georges se joignit au Tiers-Etat, fut ministre de Louis XVI,
puis président de l'Assemblée nationale de Versailles. Il ne put détourner
le roi d'apposer sa sanction sur la constitution civile du clergé.
Lorsqu'aux Etats Généraux on proposa de charger d'un million et demi les
biens ecclésiastiques pour les intérêts et d'amortissement d'un emprunt
projeté, l'archevêque Lefranc de Pompignan fit cette déclaration à la
tribune : « Nous serons très heureux d'offrir à la nation nos biens en
hypothèque. »
Durant
son épiscopat, il fut aux prises avec les philosophes, notamment avec
Voltaire. Il publia un mandement contre l'édition projetée des oeuvres de
Voltaire.
En 1747,
il avait prononcé l'oraison funèbre de la Dauphine et, en 1768, celle de
la reine Marie Leczinska.
Il mourut le 1er
novembre
1790 à
Pompignan (Tarn-et-Garonne) à l'âge de 75 ans. |
|
Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, élevé au collège Louis-le-Grand, à
Paris, eut pour maître Poré, qui avait été l'éducateur de Voltaire.
Il prit
de bonne heure le goût de la poésie et de l'art dramatique, et maniait le
latin dans un style pur et élégant. Élu membre de l'Académie de Cortone,
en Italie, il adressa à ses collègues une dissertation en latin sur Les
antiquités de la ville de Cahors, où il rend compte de ses recherches
archéologiques, décrit les monuments de Cahors et exprime son opinion que
l'emplacement de l'Uxellodunum de César confinait à sa terre de
Caïx, dans le vieux bourg de Luzech.
C'est
dans le belvédère, transformé en cabinet de travail, que Lefranc écrivit,
à 22 ans, Didon (1734) sa première tragédie, qui fut représentée à Paris,
à la Comédie-Française, avec un plein succès.
Ses
poésies le firent classer parmi les principaux poètes lyriques de son
siècle : Poésies
sacrées (1751), Ode sur la mort de Jean-Baptiste Rousseau
(1784).
Archéologue averti (1), il fut également un fervent du tourisme,
ainsi que le prouve son instructif et amusant récit du Voyage de
Languedoc et de Provence. Membre des Académies de Montauban et de
Cortone, il entra plus tard à l'Académie Française. C'est là qu'avec son
franc parler habituel, il ne craignit pas, à l'occasion de son discours de
réception, de prononcer un réquisitoire contre les Encyclopédistes ; à
dater de ce jour et jusqu'à la fin de sa vie, Voltaire, ce maître de
l'ironie agressive et du ridicule meurtrier, l'accabla de ses sarcasmes,
après avoir, dans les débuts, recherché son amitié.
Lefranc
fut l'ami de Louis Racine.
Il aimait
sa terre de Caïx, qu'il appelait Caïanus meus, et se plaisait à se
faire appeler Lefranc de Caïx ; il revenait chaque année dans son manoir
familial, qu'il avait fait embellir. Quelquefois, ses occupations l'en
tenaient éloigné plus qu'il n'aurait voulu et c'est en ces vers charmants
qu'il nous fait connaître les regrets qu'il en avait :
Et
toi qui m'es si cher vieux berceau de mes pères,
Château qu'ils ont construit sur des bords solitaires,
Fleuve, bois et rochers, vignoble précieux,
Serez-vous donc toujours éloignés de mes yeux !
Il
aimait les paysans et les encouragea par l'exemple à planter les coteaux
en vignes ; il fut leur conseiller et leur protecteur. Comme on l'a dit,
il fit preuve, en maintes circonstances, d'un « civisme audacieux ».
Voltaire, pourtant son ennemi, disait de lui : « Lefranc a été dévoré du
zèle du bon citoyen. » Aussi, pour le récompenser, le roi Louis XV
érigea-t-il sa terre de Pompignan en marquisat. C'est là que le poète
mourut en 1784.
(*) L'activité du
poète de Caix, bien que n'ayant, à cette époque, aucune base scientifique.
n'en est pas moins à retenir comme preuve des richesses archéologiques de
la région.
L'histoire rapporte que Lefranc de Pompignan demanda aux cultivateurs de
la région de lui soumettre les trouvailles qu'ils feraient dans leurs
champs. Une collecte de 2 000 pièces de monnaies anciennes fut ainsi
rassemblée en une semaine. Ce trésor que l'on retrouva par la suite à
Montauban est aujourd'hui perdu.
Docteur H. Pélissié. De la Barbacane au Pont du Diable. Cahors,
1967. |
 |
 |
 |
|
Monument en l'honneur de
Lefranc de Pompignan, érigé en bord de la route entre Luzech et Caïx.
Photo Pierre Maisonneuve, 2003.
HEUREUX qui de ses mains cultive les
sillons
Où son champêtre aïeul planta ses pavillons,
Qui demande à la terre un tribut légitime,
Pour nourrir les mortels l'épuise et la ranime.
Extrait de : Poésies sacrées,
Discours philosophiques, IV, "Vie laborieuse et champêtre,
agriculture, économie. Eloge de la femme forte"
Documents Théodore E. D. Braun, University of Delaware |
Jean-Jacques
LEFRANC, marquis de POMPIGNAN
(1709-1784) - Élu en 1759 à l'Académie Française au fauteuil
8.
Prédécesseur :
Pierre-Louis MOREAU de MAUPERTUIS
Successeur :
Jean-Sifrein MAURY
Magistrat, économiste
Biographie
Né à Montauban, le 17 août 1709.
Magistrat, président de la cour des Aides de Montauban, il s'attira
une réprimande du chancelier d'Aguesseau pour avoir adressé au Roi des
remontrances sur la misère du peuple, et fut exilé pour un discours
contre les abus. Poète, auteur dramatique médiocre, traducteur
d'Eschyle, économiste, il est célèbre par sa dévotion.
Il se présenta une première fois à l'Académie et fut battu par
Sainte-Palaye ; il remplaça, le 6 septembre 1756, Maupertuis, et fut
élu à l'unanimité ; son élection semblait indiquer une trêve dans la
lutte des partis, Pompignan ne le comprit pas et vint à l'Académie
dans l'exaltation de ses sentiments religieux. Il fut reçu par Dupré
de Saint-Maur le 10 mars 1760, et le discours de Pompignan fut un
violent manifeste contre la philosophie ; il eut un grand succès sans
lendemain, car si on le trouva courageux, les philosophes relevèrent
le défi et ce fut une bataille de libelles et d'épigrammes, où
Voltaire et Morellet eurent le dessus. Pompignan, couvert de ridicule,
n'osa plus reparaître à l'Académie, et finalement, se retira à
Montauban où il mourut le 1er novembre 1784.
|
Des nouvelles à la main de la
ville de Montauban en Quercy (1er juillet 1760)
e
Mémoire de M. Lefranc de Montauban, présenté au roi étant
parvenu à Montauban, et chacun étant stupéfait, les parents du sieur
auteur du mémoire sassemblèrent: et ayant reconnu que ledit sieur
instruisait familièrement Sa Majesté de ses gestes, dits et écrits;
quil parlait au roi des entretiens amiables que lui sieur Lefranc avait
eus avec M. dAguesseau; quil apprenait au roi quil avait eu une
bibliothèque à Montauban, et, de plus, quil faisait des vers; ayant
remarqué dans ledit écrit plusieurs autres passages qui dénotaient une
tête attaquée; ils députèrent en poste un avocat de ladite ville au
sieur auteur, demeurant pour lors à Paris, et lui enjoignirent de
sinformer exactement de sa santé et den faire un rapport juridique.
Ledit avocat, accompagné dun témoin irréprochable, alla à Paris, et se
transporta chez le malade: il le trouva debout, à la vérité, mais les
yeux un peu égarés, et le pouls élevé. Le patient cria dabord devant
les deux députés: Jeovah, Jupiter, Seigneur.
« Je ne suis quun avocat, répondit le voyageur; je ne mappelle
point Jeovah. Avez-vous vu le roi? dit le malade. Non, monsieur, je
viens vous voir. Allez dire au roi de ma part, reprit le sieur malade,
quil relise mon mémoire, et portez-lui le catalogue de ma bibliothèque.
» Lavocat lui conseilla de manger de bons potages, de se baigner, et de
se coucher de bonne heure.
A ces mots le patient eut des convulsions, et dans laccès il
sécria:
Créateur de tous les êtres, Dans ton amour
paternel, Pour nous former tu pénètres Lombre
du sein maternel
Eh monsieur, dit lavocat, pourquoi me citez-vous ces détestables
vers, quand je vous parle raison? » Le malade écume à ce propos, et,
grinçant les dents, il dit :
Le cruel Amalec tombe Sous le fer de Josué; Lorgueilleux Jabin
succombe Sous le fer dAlbinoé. Issacar a pris
les armes: Zabulon court aux alarmes.
Lavocat versa des larmes en
voyant létat lamentable du patient ; il retourna à Montauban faire son
rapport juridique, et la famille, étant certaine que le malade était
mentis non compos, fit interdire le sieur Lefranc de Pompignan,
jusquà ce quun bon régime pût rétablir la santé dicelui.
Voltaire
|