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Epigramme
Ce que ta plume produit
Est couvert de trop de voiles.
Ton discours est une nuit
Veufve de lune et d'estoilles.
Mon ami, chasse bien loin
Cette noire rhetorique :
Tes ouvrages ont besoin
D'un devin qui les explique.
Si ton esprit veut cacher
Les belles choses qu'il pense,
Dy-moy qui peut t'empescher
De te servir du silence ?
Que j'aime ces forêts
!...
Que j'aime ces forêts !
que j'y vis doucement !
Qu'en un siècle troublé j'y dors en assurance !
Qu'au déclin de mes ans j'y rêve heureusement !
Et que j'y fais des vers qui plairont à la France !
Depuis que le village est toutes mes amours,
Je remplis mon papier de tant de belles choses,
Qu'on verra les savants après mes derniers jours,
Honorer mon tombeau de larmes
et de roses.
Ils diront qu'Apollon m'a souvent visité,
Et que, pour ce désert, les Muses ont quitté
Les fleurs de leur montagne, et l'argent de leur onde.
Ils diront qu'éloigné de la pompe des rois,
Je voulus me cacher sous l'ombrage des bois
Pour montrer mon esprit à tous les yeux du monde.
D'après J.A. Delpon, dans Statistique du
Département du Lot (1831) : "A Saint Céré on voit encore le cabinet
sur la porte duquel il écrivit ces vers si connus :
Las d'espérer et de me plaindre
Des muses, des grands et du sort,
C'est ici que j'attends la mort,
Sans ma désirer ni la craindre."
D'après : Poésie sur la Toile et
Statistique du Département du Lot, JA Delpon, 1831.
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François-Achille de Maynard
(Son
principal biographe n'a pas réussi à imposer l'orthographe Mainard)
est né à Toulouse en 1582, ville où s’est établie sa famille après le
pillage de Saint-Céré où ils vivaient. précédemment. Il
est fils d'un
conseiller au parlement de Toulouse.
Reçu
avocat, puis, attiré par les lettres, il vient à Paris comme secrétaire
de la reine Margot, Marguerite de Valois, dont il corrige les vers, à
l'hôtel de Sens, rendez-vous des poètes (1602).
En
1606-1607, il rencontre à Paris le poète
François de Malherbe, dont il
devient le fervent «écolier» et conquiert vite une réputation que
consacre son ample participation aux Délices de la poésie françoise
de 1615.
Marié en 1611, président au présidial d'Aurillac (1611-1628), il
séjourne habituellement dans son domaine de Saint-Céré (Lot), mais fait
de fréquents séjours à Paris, où il fréquente l'hôtel de Rambouillet, et
y a pour amis des poètes tels que Racan,
Desportes,
Régnier,
Théophile de Viau,
Saint-Amant, Colletet, et
Flotte.
En 1619, il fait
éditer son «Philandre», poème pastoral en cinq chants, en stances de six
vers octosyllabes (où une pause est marquée après le troisième vers,
selon la recommandation de Malherbe qu'il suit scrupuleusement).
Devenu Conseiller
d'État, il est chargé de quelques missions diplomatiques. Assez en
faveur auprès de quelques grands personnages qui devinrent ses
protecteurs, Cramail, Bassompierre, Montmorency, il inspire à Richelieu
une froideur que renforcent ses sollicitations importunes. La charge de
Conseiller d'État lui vaut néanmoins d'être anobli en 1644.
En fait d'emploi, il
n'obtient rien. Bien qu'élu à l'Académie française dès la fondation de
celle-ci, Maynard n'est pas parmi les premiers membres choisis avant le
13 mars 1634; il semble même qu'il soit un de ceux qui attaquèrent tout
d'abord l'Académie naissante. Quelle que soit l'époque à laquelle il y
est admis, il est certain qu'il la fréquente peu et qu'il est dispensé
de la résidence.
Après la mort de
Richelieu, sans doute aigri de n'obtenir ni de Séguier ni de Mazarin les
pensions qu'il souhaite, il se croit quelque peu persécuté et vit le
plus souvent retiré à Saint-Céré, où il aime à recevoir les visites de
jeunes poètes (La Fontaine,
Pellisson, etc.). et où l'attachent des deuils (un fils, une fille, sa
femme) et la résignation.
En 1646, conscient
de la valeur de son oeuvre et peut-être mû par un pressentiment («Je,
François Mainard, misérable pécheur, averti par la commune condition des
hommes et par l'âge de soixante ans, me prépare à quitter la vie…»), il
fait publier un volume de ses poésies, «Les
Oeuvres» où sont notamment recueillies des élégies dont les
vers harmonieux ont une mélancolie rêveuse, allant parfois jusqu'à la
tristesse («À La Belle Vieille», «En attendant la mort»,…). La même
année il meurt après un voyage à Paris.
Il
a laissé un volume de vers et un volume de lettres où il traite des
questions de prosodie ; ses poésies latines n’ont pas été imprimées. Il
a fait éditer, en 1619, Philandre, poème en cinq chants, en
stances de six vers de huit syllabes. Les juges des Jeux Floraux de
Toulouse lui décernèrent une Minerve en argent qu’ils ne lui donnèrent
pas.
« C’est de ses vers qu’il a tiré sa plus grande gloire, comme il le
prétendait bien aussi ; et véritablement il faut avouer qu’ils ont une
facilité, une clarté, une élégance et un certain tour que peu de
personnes sont capables d’imiter. » (Pellisson).
S'il fut un poète
sérieux proche des jésuites, Maynard écrivit également des poèmes
érotiques et libertins, voire blasphématoires, ainsi que des chansons à
boire, rassemblées sous le titre les Priapées. Il sera loué par
Voltaire : «On peut le
compter parmi ceux qui ont annoncé le siècle de Louis XIV. Il reste de
lui un assez grand nombre de vers heureux. »
Mort le 28 décembre
1646, il a été inhumé à sa demande, dans l’église Sainte-Spérie à
Saint-Céré. Une plaque commémorative le précise.
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