1892-1966
Document
réalisé par Danièle Chacornac
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29 et 30 juin 1992 à l'E.N.A.T.T.
à Aubusson.
Actes du colloque :
96 p., 48 ill. en coul. et 21 ill. en noir et
blanc, 21 x 30 cm |
Extraits
de la biographie
de Jean Lurçat 1892 : 1er
Juillet, naissance à Bruyères dans les Vosges
S'inscrit à l'Académie Colarossi puis à
l'atelier du graveur Bernard Naudin. Découvre
Matisse, Cézanne, Renoir.
1914 : Premier chantier à la Faculté des
Sciences de Marseille, avec Jean-Paul Lafitte.
Découverte de l'Italie.
En août, après la déclaration de guerre, il
rentre en France et s'engage dans l'Infanterie.
Retour au front en juillet.
1918 : Fin de la guerre. Retour en ltalie.
1920 : Nombreux voyages : Berlin, Munich, Rome,
Naples, ...
S'installe à Paris avec Marthe Hennebert qui
tisse deux tapisseries au petit point : "Pêcheur"
et "Piscine".
1921 : Rencontre Louis Marcoussis, découvre
Picasso et Max Jacob.
1922 : Cinquième tapisserie au canevas, "Le
Cirque", pour Mme Cuttoli.
1924 : Découvre l'Afrique du Nord, le Sahara, la
Grèce et l'Asie Mineure.
1924 : Création d'un sixième canevas "Les
Arabes" (12m2).
Expose avec Dufy, Marcoussis, Laglenne ...
Participe au décor (tapis et peintures) de
"Vertige", film de Marcel l'Herbier.
1926 : Exposition personnelle à Paris, Bruxelles
; collective à Vienne, Paris, Anvers.
1927 : Départ pour l'Orient en compagnie de
Marthe. Passent l'été en Grèce et en Turquie.
Décor du salon de David Weil (28m2) : quatre
tapisseries au petit point et "L'Orage"
pour Georges Salles (Musée national d'art
moderne).
Octobre ; départ pour les Etats-Unis. Première
exposition à New-York.
1930 : Année riche et féconde.
1932 : Edition, chez Jeanne Bucher, de huit
dessins à la plume "P.P.C." (pour
prendre congé).
Décembre : participe avec Matisse, Picasso,
Braque, Derain et Dufy à l'exposition "Sélections":
manifestation organisée à New-York par la
Valentine Gallery.
1933 : Nombreuses activités créatrices, souvent
liées à son engagement politique.
1933 : Première tapisserie tissée à Aubusson
suivant la technique qu'il a mise au point
1934 : Retour à New-York et nouvelle création
de décor et costumes pour une chorégraphie de
Balanchine.
1935 : Départ pour l'Espagne où il peint les
"Dynamiteros" en liaison avec les évènements.
1937 : Rencontre avec François Tabard.
Juillet : à Angers, la vision de "l'Apocalypse"
(XIVème siècle) provoque un choc esthétique et
artistique annonciateur de l'oeuvre à venir.
1938 : "Moisson" (2.75 x 5.50 m) tissée
chez Tabard.
1939 : Exposition à New-York et Paris (Petit
Palais).
Mise au point d'un nouveau langage technique :
carton numéroté, palette réduite, tissage
robuste à large point.
1941 : Participe avec Taslitzky à la création
d'un carton de Dufy : "Le Bel Eté".
S'installe dans le Lot avec Rossane.
1942 : Installation à Lanzac.
Les tapisseries "Libertés" sur le poème
d'Eluard et "Es La Verdad" sur un poème
de Guillaume Apollinaire, sont tissées à
Aubusson.
1943 : Exposition de tapisseries contemporaines
au musée des Augustins à Toulouse (Lurçat,
Gromaire, Dufy, Saint Saëns, Dom Robert).
1944 : Exposition de tapisseries à Paris et de
peintures à New-York.
Juin : s'associe aux combats de la résistance
communiste avec Tristan Tzara, André Chamson,
René Huyghe, Jean Cassou, Jean Agamemnon.
Est nommé au Comité de Libération : dirige
l'hebdomadaire "Liberté" et la revue
"Les Etoiles du Quercy".
Rencontre Simone Selves qui deviendra plus tard
sa femme.
1945 : Achète les Tours de St-Laurent,
forteresse du XIe siècle qui domine de ses
ramparts la petite ville de Saint - Céré.
1946 : Participe à l'exposition "La
Tapisserie du Moyen Age à nos jours" (Paris,
Amsterdam, Bruxelles, Londres).
1947 : Compose "L'Apocalypse" (4,53 X
12,40 m) pour l'église du plateau d'Assy (Haute
- Savoie) et la tapisserie "Le Vin" (4,04X10,50)
pour le musée du Vin de Bourgogne à Beaune.
1948 : Voyages, conférences, expositions.
1949-1950 : Travail d'illustration par
lithographies couleur pour "La Création du
Monde", texte d'André de Richaud, "Le
Monde Merveilleux des Insectes" de J.H.
Fabre et "Vingt Fables de La Fontaine".
1951 : Exécute une série de gouaches publiées
sous le titre : "Le Bestiaire fabuleux".
1952 : Vient à San Vicens (près de Perpignan -
Pyrénées - Orientales) où il commence à se
passionner pour la céramique
Compose la tapisserie "La Grande Peur"
(20m2)
Compose la tapisserie "L'Espoir".
1956-1957 : Nombreuses expositions et conférences
en Europe et aux Etats-Unis.
11 août 1956 : épouse Simone Selves, compagne
de la Résistance.
Début de la "Joie de Vivre" qui
deviendra "Le Chant du Monde" ;
ensemble de tapisseries qui seront tissées à
Aubusson chez Tabard, Goubely et Picaud.
Tissage de l'ensemble "La Grande Menace"
:
"La Bombe Atomique" (4,40 x 9 m)
"L'Homme d'Hiroshima" (4,40 x 2,90 m)
"La Fin de Tout" (4,40 x 2,25 m)
1958 : Suite du "Chant du Monde" :
Tissage de l'ensemble "La Tenture des
Soleils" :
"L'Homme en Gloire dans la Paix" (4,40
x 13,20 m)
"L'Eau et le Feu" (4,40 x 5,90 m)
1959 : Elu membre de l'Académie Royale de
Belgique et de l'Académie Nationale des Beaux -
Arts du Portugal
Poursuite du "Chant du Monde" :
"Le Grand Charnier" (4,40 x 7,40 m)
"Champagne" (4,40 x 7.00 m)
1960 :
Huitième panneau du Chant :
"La Conquête de l'Espace" (4,40 x 10,35
m)
1961 : dernier élément du Chant tissé de son
vivant :
"La Poésie" (4,40 x 10,40m)
1962 : Maintient un rythme de travail intense
malgré une santé devenue fragile.
Continue expositions, voyages et conférences.
Rétrospective de l'oeuvre peint de Jean Lurçat
(1920-1962) à Paris.
Compose "Transmondia" (3,15 x 6,35),
"Couleurs et Lumières" (2,75 x 4,50),
"Le Vin et la Musique" (5,93 x 12,02)
1963 : Première présentation du "Chant du
Monde" à Annecy.
1964 : Est élu membre de l'Académie des Beaux -
Arts de Paris.
1965 : Séjourne en Grèce et au Mexique.
Au retour, compose "Ornomentos Sagrados"
(4,40 x 10,50m), dixième tenture du Chant terminée
après sa mort mais qu'il espérait ne pas être
la dernière; il envisageait d'en réaliser une
autre sur la Musique.
1966 : Mort de Jean Lurçat à Saint-Paul-de-Vence.
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Qui est Jean Lurçat ?
Lurçat (Jean) (Bruyères, Vosges, 1892 Saint-Paul-de-Vence, 1966), peintre, illustrateur
et cartonnier français; un des maîtres de la tapisserie
contemporaine : lApocalypse (1948, égl. dAssy),
le Chant du monde (1957-1964, Angers).
Il abandonne des études médicales pour apprendre la
fresque puis la gravure. Ses premières tapisseries sont
exécutées au point sur canevas (1915-1932). C'est en 1933 que sont réalisées ses
premières oeuvres sur un métier: [...] en basse lisse,
dans l'atelier d'Aubusson pour L'Orage, en haute lisse
aux Gobelins pour Les Illusions d'Icare.
En 1937, Lurçat découvre la tenture de
l'Apocalypse d'Angers qui est, pour lui, une révélation
esthétique (ampleur et poésie) et technique (gros
tissage, palette réduite, dessin simplifié). Il crée
ainsi le carton à couleurs non plus peintes mais numérotées
et limitées en nombre, révolution technique qui devait
entraîner une révolution commerciale ; le temps d'exécution
est ainsi réduit, mais le travail du lissier devient
purement mécanique. [...]
Influencé en peinture par les fauves, par les cubistes
puis par les surréalistes, Lurçat est, dans ses
cartons, essentiellement symboliste. Les symboles,
souvent répétés (le coq, annonciateur de l'aurore, le
soleil, symbole de vie), parfois originaux et sophistiqués,
sont servis par un dessin stylisé, clair et dense où
l'utilisation de l'élément végétal comme remplissage
des motifs est déjà très fréquente.
La guerre de 1940 oriente Lurçat vers des sujets
engagés : Es la verdad (1942) et Liberté (1943, d'après
le poème d'Eluard) sont tissées clandestinement à
Aubusson. Puis il travaille à des oeuvres monumentales
aussi bien pour les églises (Assy, 1947, Tapisserie de
l'Apocalypse ) que pour des édifices publics (musée du
vin à Beaune, 1947).
C'est en 1957 que commence à Aubusson la mise
au métier de cette tenture gigantesque, en dix panneaux,
intitulée Le Chant du monde (acquise par la municipalité
d'Angers). Elle illustre sur quatre-vingts mètres de
long les angoisses et les espérances de l'homme à l'ère
atomique, la "poésie" étant la réponse
ultime, optimiste et victorieuse aux agressions diverses
représentées essentiellement par L'Homme d'Hiroshima .
Il est un des principaux promoteurs, en 1962, de la biennale de la
tapisserie à Lausanne.
Luvre gigantesque de Lurçat (de 1940 à 1962, huit cents pièces ont
été tissées) paraît aujourdhui un peu académique,
mais on doit néanmoins à son enthousiasme le sauvetage
inespéré de lart textile monumental.
Universalis
Jean
Lurçat et le renouveau de la tapisserie
Deux idées majeures chez Jean Lurçat :
L'une : Transmettre ses
instructions aux artisans devant exécuter le travail du
tissage en attribuant à chaque couleur un numéro de référence.
Durant des siècles, le "carton" était en fait
un tableau conçu dans le seul but d'être reproduit en
tissu, alors que Lurçat dessinait l'objet à sa taille réelle
et la tapisserie était tissée selon la couleur indiquée
par un numéro.
L'autre : Réduire au strict minimum le nombre
des coloris à employer.
C'est sur ces bases que sa première oeuvre tissée à Aubusson fut exécutée
en 1933. Le génie créateur de Jean Lurçat sortit alors Aubusson de
sa longue torpeur et lui donna un nouvel essor.
Combien de tapisseries sont - elles tirées du même carton ? Généralement
quatre ou cinq, parfois deux seulement. Après quoi le "carton",
propriété de l'auteur est brûlé.
(Association
- Fondation Firmin BAUBY - Sant VICENS, extraits)
«Dans Aubusson, le problème des tons comptés, du point robuste,
était dans l'air. Cette ville a fabriqué, depuis des siècles, des
tentures plus rudes, plus paysannes que ne le furent jamais Beauvais
ou les Gobelins. C'est qu'au-delà du goût se posait, surtout dans
cette bourgade, un problème d'ordre économique. Aubusson, à l'inverse
de ce que supposent d'aucuns, n'est point une manufacture nationale.
La ville n'abrite que des ateliers privés, travaillant donc pour le
privé. (...)
» Ces préoccupations avaient amené les ateliers du coin à " cultiver
" le point robuste (celui de L'Apocalypse, des Dames à la Licorne,
soit dit en passant, ce qui n'est pas négligeable !). Et ce qui n'était
pas, il faut bien en convenir, une position d'ordre esthétique, n'en
impliquait pas moins des répercussions dignes d'être exploitées sur
le plan artistique. (...)
» Je me rendis et m'installai le premier sur place : j'installai mon
atelier au coeur même des métiers.
Ayant repéré, parmi le stock de laines déjà teintes, une trentaine
de nuances sonores et vérifiées (du point de vue de la solidité) par
l'exercice et une longue tradition, je les adoptai, les numérotai.
Ainsi, l'exécutant ayant sous les yeux, durant le travail, ces références,
se trouvait-il à même, sans hésitation et sans perte onéreuse de temps,
d'employer le ton juste exigé. Au lieu de les peindre, je numérotai
mes cartons. Chacun y gagnait : l'artiste en fidélité à cent pour
cent d'exécution, l'atelier en rapidité de tissage.
» Et c'est ainsi que dès 1939 j'adoptai : jaunes, six dégradés ; gris,
cinq ; ocres, cinq ; un noir, un blanc ; cinq rouges ; deux tons de
fond. Plus tard cinq verts, cinq saumons, cinq bleus issus de l'indigo.
»
(Extrait
de Le bestiaire de la tapisserie du Moven Age, 1947, de Jean Lurçat,
pp. 29-30.)
Thème
Soleil
Il me
semble qu'une tapisserie ou un mur ou même un bijou est un objet
uniquement décoratif et un peu mince de substance si je n'y ai
pas mis un soleil, des étoiles ou une lune.
Il me semble que mon travail est incomplet si je ne tiens pas
compte de ces éléments, exactement comme le jour ne serait pas
complet s'il n'y avait pas la nuit, le lever des étoiles, la
voie lactée, etc ...
(Jean
Lurçat)
Thème
Coq
Tout près
du cloître, au prieuré de Carennac, une vieille femme tricote
sur une chaise. Il y a autour d'elle une petite société picorante
de poules et de poussins qui vaquent dans son ombre à leurs
occupations. Et un coq, sorti tout luisant, vif et astral, d'une
tapisserie de Lurçat. L'oeil de celui-ci s'est mis à briller,
briller. [...] Déjà dans ses tentures, le thème du coq avait
séduit Lurçat. Mais le coq n'était pour lui, jusque - là, qu'un
prétexte décoratif, un amuse - coloriste. [...]
le coq prend
une force significative, une valeur à la fois symbolique et
réaliste qui arrachent Lurçat au simple divertissement du décorateur.
(Claude
Roy)
Thème
Papillon
S'il s'échappe,
le papillon, des
chrysalides de la nuit,
C'est pour
se comparer aux fleurs et aux étoiles sur
les prairies du ciel et de la terre.
De
toutes ses couleurs,
il crie : bonheur, espoir...
Poème
de Jacques Gaucheron
Les Tours
de Saint-Laurent
En 1941, Jean Lurçat quitte Aubusson et, après un très
bref séjour à Collioure, se réfugie dans le Lot.
Rapidement associé au combat de la résistance, son engagement
l'amène à changer fréquemment de lieux de résidence : château
de Grézols à Saint - Cirq - Lapopie, Lanzac, Souillac.
En 1944, Lurçat est nommé au comité de Libération du Lot
: il est chargé du travail d'organisation dans le secteur Souillac
- Alvignac - Saint - Céré - Figeac.
En septembre, il participe à la libération de Cahors et devient
Directeur des Services culturels du Département.
Nul, mieux que Lurçat lui - même, ne saurait conter
sa rencontre avec les Tours de Saint-Laurent :
« les
Tours Saint - Laurent, je les ai vues pour la première fois à quatre
kilomètres environ, en descendant une crête. C'était pendant le maquis
et j'avais un chauffeur, puisque j'étais à l'Etat - Major.
J'ai dit : "Qu'est - ce que c'est que ça ?" et le chauffeur
m'a répondu : "C'est le Château de Saint - Laurent ...".
Alors, j'ai dit - je m'en souviens comme si c'était aujourd'hui -
j'ai dit : "Nom de Dieu!... Je veux crever si un jour c'est pas
à moi!" Textuel ... C'était à moi quatre mois après ... J'avais
rencontré le propriétaire tout à fait par hasard. J'ai demandé le
prix, tout de suite. J'ai acheté sans visiter. Cette espèce de gros
château fort avec ses grandes tours, avec ses remparts, avec ses fossés
.... et avec toutes ses démolitions aussi ...
J'ai acheté tout ça d'un coup ...
En fait, j'ai acheté une carte postale. Mais il s'est trouvé que cette
carte postale était magnifiquement organisée pour mon travail de peintre
mural, puisque la hauteur moyenne des plafonds est de six mètres ;
que j'ai une grande salle qui a quinze mètres de long ; qu'il y en
a une autre qui fait dix mètres de haut, etc ....
En somme, ce que j'avais acheté, c'était un outillage .... »
(d'après
Claude Faux "Lurçat à Haute voix")

Dans ce nid d'aigle, Lurçat
ne pouvait pas mieux exprimer ce côté aristocrate - terrien.
Voyageur impénitent, les Tours constitueront pour lui, pendant près
de 22 ans le lieu d'attachement "tellurique", et son meilleur
centre de création possible : les grandes tapisseries de l'Apocalypse
d'Assy, du Vin à Beaune ou du Chant du Monde, parmi les plus connues,
naîtront de l'harmonieuse rencontre de l'artiste avec les immenses
surfaces que lui offrait son château.
C'est Cassagnade, son voisin jardinier, qui a permis qu'il en soit
ainsi.
Ce personnage, mélange de truculence et d'extrême finesse d'esprit
serait, à en croire Lurçat lui-même, à l'origine de l'oeuvre monumentale
"Le Chant du Monde".
Cassagnade raconte qu'un jour à force de se courber pour soigner ses
légumes, il a eu ce qui devait fatalement arriver "une sciatique".
Cette douloureuse indisposition l'ayant contraint à rester couché,
il put lire tranquillement plus qu'il ne le faisait d'habitude. Car,
hormis la lecture du "Monde" en déjeunant et de quelques
romans pendant l'hiver, si l'envie était là, c'est le temps qui lui
manquait. Or, un soir, il entreprend la lecture d'un ouvrage sur l'Apocalypse
d'Angers préfacée par son illustre voisin, et comme lui , fut frappé
d'une sorte de révélation non par l'aspect technique de cette oeuvre
mais par son sujet. Il se mit à penser :
"Au Moyen Age, la vie c'était d'abord la peur de l'enfer et s'inscrivait
dans ces limites-là. Aujourd'hui : la vie c'est la puissance de l'homme
car il n'y a plus d'enfer ... alors il n'y a plus de limites ... Mais
personne ne s'y est mis pour montrer comment c'est maintenant."
Il ne faisait aucun doute, pour l'illustre jardinier que seul l'illustre
peintre cartonnier pouvait le mieux exprimer "la vie de maintenant
qui n'a plus peur de l'enfer".
Cette révélation l'aurait tellement secoué qu'il aurait été soudainement
guéri de sa sciatique.
Au matin, Cassagnade monte aux Tours et dit à Lurçat : "il faut
faire l'Apocalypse du XXè siècle ... Il nous faut au moins 1000 mètres
carrés."
Si le projet lui parut insensé de par ses dimensions "1000 mètres
carrés !", Lurçat pensait "qu'exprimer la vie, l'époque,
le XXè siècle ! ..." c'était sans doute l'oeuvre la plus exaltante
qu'il lui serait donné de réaliser.
Le premier titre qui lui vint à l'esprit fut celui de "la Joie
de Vivre".
Dans ce monde où la bombe atomique peut en un seul jour détruire l'humanité
on ne peut pas voir "tout en rose". Si on parle du bien,
c'est par opposition au mal. Aussi la tenture parlerait d'abord de
La Menace et, de panneau en panneau, elle s'élèverait vers le bonheur
de vivre. Une sorte de chant des choses de la vie avec ses aspects
doux et amers, violents et sereins. C'est ainsi que le titre "Le
Chant du Monde" s'imposa à l'artiste.
C'est en 1956 que Cassagnade débarque
aux Tours, l'année suivante le peintre commença son oeuvre monumentale
dont il ne savait où et quand elle s'achèverait.
Elle se termina au 10ème panneau "Ornementos Sagrados" (Ornements
Sacrés) qu'il ne vit jamais terminé.
Le 6 janvier 1966,
l'éternel voyageur était surpris par la mort à Saint Paul de Vence.
L'éditeur et ami Pierre Seghers venait juste de recevoir une lettre
de Lurçat, écrite depuis la Colombe d'Or, - hôtel - refuge de nombreux
artistes - , qui se terminait par ces mots : "fêtons ce soir
non la résurrection, c'est fait, mais la naissance !"
Lurçat (Jean) (Bruyères, Vosges, 1892 Saint-Paul-de-Vence, 1966), ce raccourci qu'utilisent volontiers les dictionnaires
tient peu compte de la volonté des hommes.
Lurçat repose à jamais dans le petit cimetière de Saint - Laurent.
Sur sa
tombe, une inscription :
C'est l'aube.
Document
réalisé par Danièle Chacornac à partir
du site : http://perso.wanadoo.fr/dany.chacornac/
La partie Lurçat est téléchargeable (pour un bon fonctionnement
: Windows98, Pentium II minimum, version récente de DirectX, RAM suffisante)
http://perso.wanadoo.fr/dany.chacornac/lurcat.zip
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