1853-1932
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Le château de Castelnau,
imposant témoignage architectural de la puissance des barons de
Castelnau, fut construit entre le Xlle et le XVIIe siècle. Laissé à
l'abandon dès le XVIIIe siècle, puis incendié et livré à de graves
dégradations au cours du XIXe siècle, il fut racheté en 1896 et
sauvé de la ruine par Jean Mouliérat, ténor à l'Opéra comique de
Paris qui en fit don à l'Etat en 1932.
Spectaculairement situé aux confluents des riches vallées de la
Dordogne, de la Cère et de la Bave qu'il domine de plus de 70
mètres, il a gardé l'ampleur acquise au fil des siècles. Un logis
seigneurial des Xlle-XllIe siècles, ouvert de larges baies à
colonnettes romanes et un donjon carré du Xllle siècle de 30 mètres de
hauteur illustrent l'art de bâtir à l'époque féodale, autant
défensif qu'ostentatoire.
De larges courtines flanquées de tours rondes équipées pour
l'artillerie, élevées pendant la guerre de Cent Ans, ont servi à
affirmer la force des barons fidèles aux rois de France face aux
prétentions anglaises. Remparts, fossés, fausses braies et châtelet
d'entrée ont toujours tenu à l'écart les dangereuses chevauchées des
routiers.
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La collection
Jean Mouliérat.
En remettant son château en état, Jean Mouliérat préparait un écrin,
comme beaucoup lont écrit, pour sa collection dobjets dart. Comme pour
les travaux de restauration, Jean Mouliérat na laissé aucun document
permettant de savoir de quelle façon il lavait constituée, où il trouvait
les objets, combien il les achetait, à qui, etc... Etant donné son
importance, 899 objets répertoriés dans linventaire réalisé pour la
donation, elle a sans doute été commencée avant lacquisition du château.
Castelnau lui permit de disposer librement de ses salles pour en faire un
des premiers châteaux-musées, un peu dans la lignée de mécènes tels que le
duc dAumale au château de Chantilly (Oise).
Quand Jean Mouliérat venait passer lété dans son château, il y créait un
univers dhistoire et de théâtre, qui lui rappelait ses vingt années
passées sur les planches de lOpéra-Comique. Lensemble de la collection
est disposé dans laile restaurée, dans laquelle il vivait. Chaque salle,
à laquelle il a donné un nom, dégage malgré léclectisme des objets
présentés, une harmonie particulière.
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Extrait de l'article de Juliette LOBRY "Le château de
Castelnau-Bretenoux au XIXème siècle... destin d'un monument
historique" paru dans le Bulletin de la Société des Études du Lot,
4ème fascule 2003, Tome CXXIV, Octobre-Décembre 2003, pages 251-280. |
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Jean Mouliérat est né à Vers,
à quelques kilomètres de Cahors, le 13 novembre 1853.
Il vient dune
famille plutôt aisée : son père, Etienne, est propriétaire de
plusieurs gabares et tient lhôtel de la Truite Dorée, qui existe
toujours.
Jean est laîné dune famille de cinq enfants : Jean,
Adélaïde, Catherine, Emilie et Albert. Il passe son enfance en Quercy,
où il est berger.
A vingt ans, il sengage au 18ème régiment de Chasseurs à pied du fort
de Rosny. Il y sera remarqué par son général de corps darmée, le
général Gaucher. Le 14 juillet 1875, ce dernier lentend chanter
lAlsace et la Lorraine.
Recommandé à M.
Grosset, professeur au Conservatoire national de musique et de
déclamation de Paris, la carrière du futur ténor est lancée. |
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Jean
Mouliérat en costume
de Don José, pour Carmen,
de Georges Bizet.
Collection J. Mouliérat,
Château de Bretenoux. |
Il est engagé à lOpéra-Comique de
Paris, où il interprète les plus grands rôles : Andréa, dans Le
secret, dAuber, sur un livret de Scribe, Wilhem Meister, dans Mignon,
dAmbroise Thomas, Tybalt dans Roméo et Juliette de Gounod, Don José
dans Carmen de Bizet, Tamino dans La flûte enchantée de Mozart,
Alfredo dans La Traviata de Verdi. En 1893, il
brillera dans le
Werther de Massenet, qui lui dédicaça une photographie, conservée au
château. Atteint dune maladie des cordes vocales, Jean Mouliérat met
un terme à sa carrière en 1898. Il consacrera les trente-quatre
dernières années de sa vie à Castelnau.

Le ténor ne vivait à
Castelnau que la moitié de lannée. En effet, à la fin de sa carrière, il
continua à garder des liens avec le milieu de lOpéra-Comique. Il vivait
donc une grande partie de lannée à Paris où il était membre du Conseil
supérieur du Conservatoire national de musique. Il y fera entrer la jeune
Jeanne Myrtale, future chanteuse lyrique, qui restera sa muse jusquà sa
mort prématurée en 1931.
Par son amour des arts et de lhistoire, Jean Mouliérat ne tardera pas
entrer dans le cercle des grandes figures politiques et littéraires
locales. Il se lie damitié avec Henri Ramet, premier président de la Cour
dAppel de Toulouse. Passionné dart et dhistoire, ce dernier est
particulièrement attaché à la ville de Martel, à laquelle il consacre son
ouvrage Un coin du Quercy. Après la mort de Jean Mouliérat, cest lui qui
accueillera les sociétés savantes venues visiter le château. Il écrit
également en préambule de Un joyau du Quercy : Castelnau-de-Bretenoux une
oraison funèbre qui témoigne de laffection mutuelle que se portaient les
deux hommes 32.
Il invitera également les nombreuses personnalités quil côtoyait à Paris
à venir lui rendre visite dans son Quercy natal. Les salles du château
deviennent alors salons, le lieu de rencontres entre grands esprits :
sy retrouvent Colette, Auguste Rodin, Louise Massenet. Ces visites sont
souvent relayées dans la presse locale : le 17 octobre 1903, Le Réveil du
Lot retrace la visite de la reine de Madagascar, Ranavalo. Henri Lavedan,
de lAcadémie française, séduit par la région, achètera le château de
Loubressac, qui fait face à Castelnau. Le peintre Henri Martin, qui passe
à Castelnau en 1898 songera à acheter celui de Montal, mais le
propriétaire en demande une somme trop importante. Dans lentourage
immédiat de Jean Mouliérat se trouve également Anatole de Monzie, député
du Lot, ancien ministre de lEducation Nationale. Il demeure à
Saint-Jean-Lespinasse, à quelques kilomètres du château.
Jean Mouliérat
participe aussi à la vie locale du Quercy. Il est lami du maire de
Prudhomat, M. Jammes, et sera nommé conseiller municipal dhonneur de
cette commune. Comme Gustave de Pradelle, il est admis dans la S.E.L. lors
de la séance du 9 août 1897. Dès 1897, la presse locale reprend avec
fierté les apparitions publiques de ce nouvel arrivant : le 25 Juillet, LIndépendant
du Lot relatait, en même temps que le Figaro ou que La Paix, le triomphe
du chanteur invité par le ministre des Beaux-Arts à chanter pour le 14
Juillet la fille du régiment et la Marseillaise. La presse locale met
également laccent sur la générosité du ténor. La Dépêche du 5 octobre
1897 évoque un concert donné par le ténor à Saint-Céré en faveur des
pauvres de la ville. Pendant la première guerre mondiale, daprès un
article de La Dépêche du 8 août 1918, il donne des concerts à
Toulouse ou bien dans quelque hôtel inoccupé dont on ouvre pour lui le
grand hall afin de collecter des fonds pour les blessés. Larticle
poursuit :
Lan dernier, à lhôtel de la source,
dans le village dAlvignac, où les buveurs deau affluent en été, il
cueillait ainsi en une après-midi pour ses convalescents la jolie somme de
1.200 francs, et voici que cette année, le 11 août, il va recommencer.
Georges Renard, Artistes et blessés
Il fait partie des
souscripteurs au Guide du Quercy, édité en 1907 par le syndicat
dinitiative du Lot. Il en est un membre dhonneur avec Henri Lavedan.
Les articles publiés lui témoignent beaucoup de respect et de
reconnaissance pour son activité au château de Castelnau.
Jean Mouliérat meurt le
20 avril 1932 à Paris. Il sera inhumé au cimetière Montparnasse. Le Figaro
du 22 avril 1932 lui rend hommage :
Jean Mouliérat vient de mourir, il
avait 79 ans. Son nom restera inséparable de notre Opéra-Comique où il fut
pendant un quart de siècle le magnifique interprète du répertoire français
[
] Il laissera dunanimes regrets et dans son pays natal, le plus beau
château-musée médiéval qui existe en France, ce manoir de
Castelnau-Bretenoux dont il avait fait une relique inestimable.
Quelques jours avant sa mort, le 8 avril pour la première partie, le
dernier propriétaire avait fait rédiger devant Me Courcier et Me Burthe,
notaires à Paris, lacte de donation en faveur du ministère des
Beaux-Arts. Cet acte juridique fixe le sort du château pour les décennies
qui vont suivre.
Le château ne pourra, à aucune époque, être affecté différemment quà un
musée. Jamais comme hôpital, sanatorium, maison déducation, dinstruction
ou de correction, établissement militaire. Mouliérat, informé des
différentes tentatives qui avaient eu lieu au XIXème siècle de réutiliser
certains châteaux ou certaines abbayes, donne ainsi à vie une dimension
artistique et historique au château.
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