Député,
maire de Cahors, ministre, membre du conseil constitutionnel...
...élève "Honoris causa" du Lycée
Gambetta de Cahors, ancien résistant dans le Corps Franc Pommiès...
Le Lot a-t-il été pour vous un tremplin ou une histoire d'amour ?
- S'il n'avait été qu'un
tremplin, j'aurais été ministre vingt fois. Si je l'ai été moins que
j'aurais pu l'être, c'est précisément parce que lorsque j'étais
ministre, le Lot me manquait. Je me plais plus dans le Lot qu'à Paris
et ce fut peut-être la faiblesse de ma carrière politique nationale.
Ce pays est le mien. J'aime ses hommes, leur tempérament, leurs murs.
Je me sens comme un poisson dans l'eau. C'est une longue histoire
d'amour qui ne s'est pas démentie.
Extrait d'une interview de Maurice Faure parue dans Dire Lot n° 26,
février-mars 1991
Après avoir étudié dans les facultés de Lettres et de Droit de Bordeaux et
Toulouse, Maurice Faure devient agrégé d'histoire et de géographie et
docteur en droit. D'abord professeur au lycée (1945-1950) et à l'Institut
d'études politiques de Toulouse (1948-1951), il devient attaché au cabinet
d'Yvon Delbos, ministre d'Etat (1947), chargé de mission au cabinet de
Maurice Bourgès-Maunoury, secrétaire d'Etat au Budget (1947-1948), chef de
cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury, secrétaire d'Etat à la présidence du
Conseil (1950-1951), député du Lot (1951, réélu en 1956), secrétaire
général du parti radical-socialiste (1953-1955), secrétaire d'Etat aux
Affaires étrangères dans le gouvernement Guy Mollet (1956-1957), chargé
des Affaires marocaines et tunisiennes (1956-1957), secrétaire d'Etat aux
Affaires étrangères (dans les gouvernements Maurice Bourgès-Maunoury et
Félix Gaillard) (1957-1958), ministre de l'Intérieur puis ministre des
Institutions européennes (dans le gouvernement Pierre Pflimlin) (mai
1958). Il est réélu député du Lot (1958-1983), inscrit au groupe du Parti
socialiste et des radicaux de gauche, représentant de la France à
l'Assemblée parlementaire européenne (1959-1967 et à partir de 1973),
président du groupe de l'Entente démocratique de l'Assemblée nationale
(1960-1962), président du parti radical-socialiste (1961-1965, 1969-1971),
vice-président du comité directeur du Centre d'études et de liaison des
démocrates (1966-1967), président de la Commission de développement
économique Midi-Pyrénées (1964-1970), maire de Cahors (1965, réélu
jusqu'en 1983), membre (depuis 1957) puis président (depuis 1979) du
conseil général du Lot, vice-président du conseil de la région
Midi-Pyrénées (depuis 1974), député au Parlement européen (1979-1981) élu
sur la liste socialiste avec la participation des radicaux de gauche,
ministre de la Justice dans le gouvernement Pierre Mauroy (mai-juin 1981),
sénateur du Lot (1983-1988) inscrit au groupe de la gauche démocratique,
ministre d'Etat, ministre de l'Equipement et du Logement (1988-1989),
membre du Consel constitutionnel )depuis 1989). Décorations: Commandeur du
Mérite civil, Grand cordon de la grande décoration de la République
d'Autriche, Knight Commander of St Michael and St George, Grand-croix de
l'ordre de la Couronne de Belgique, de Bolivar (Venezuela), de la Croix du
Sud (Brésil), du Drapeau (Yougoslavie), du Mérite de la République
fédérale d'Allemagne, etc.
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Maurice Faure : l'étonnant destin politique,
par Alexandre Marciel,
1998, 328 pages.
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A 12 ans, ses copains le
surnomment"le Député"... A 23 ans, il est le plus jeune agrégé de France...A 25 ans, il est attaché au cabinet d'un ministre d'Etat... A
29 ans, il devient le plus jeune député du pays...A 35ans, il négocie
et signe le Traité de Rome, engageant l'Histoire de la France dans
l'aventure Européenne...A 45 ans, il est pressenti pour être candidat
à la Présidence de la République face à DE GAULLE...Préférant être
empereur dans le Lot plutôt que Prince à Paris, il se plonge
profondément dans la gestion des affaires locales, pendant 23
ans...Dans les années"80",cet expert en élection et en diplomatie
oeuvre dans l'ombre de MITTERRAND...Il est actuellement membre du
Conseil Constitutionnel.
A 75 ans, Maurice FAURE ne revendique qu'une coquetterie: cumuler le
plus grand nombre de refus ministériels. Il est l'homme qui a dit
"non" à COTY, DE GAULLE, POMPIDOU, GISCARD D'ESTAING, "d'accord", du
bout des lèvres, à son viel ami MITTERRAND. Mais, Maurice FAURE est
aussi l'homme qui a toujours dit "oui", avec enthousiasme, à la
construction d'une Europe politique, à la création d'un Parti radical
rassembleur, à l'amélioration de la vie quotidienne en Pays lotois.
Maurice FAURE est l'un de ces tout derniers sinon le dernier, ténor de
la IVeme République encore vivant à avoir compris que, dans la vie
politique, il y a aussi et surtout la Vie.
Alexandre Marciel

Rome 25 mars 1957 - Les six membres fondateurs signent les Traités
établissant la CEE et EURATOM au Capitole. De gauche à droite:
Paul-Henri Spaak, ministre belge pour des affaires étrangères,
Jean-Charles Snoy et d'Oppuers, sécrétaire général du ministère des
affaires économiques, président de la délégation belge à la conférence
intergouvernementale, Christian Pineau, ministre français des affaires
étrangères, Maurice Faure, secrétaire français d'état pour des affaires
étrangères, Konrad Adenauer, chancelier de la République Fédérale
d'Allemagne, Walter Hallstein, secrétaire d'état allemand pour des
affaires étrangères, Antonio Segni, président du Conseil, Gaetano
Martino, ministre italien des affaires étrangères, Joseph Bech, ministre
Luxembourgeois
pour des affaires étrangères, Joseph Luns, ministre hollandais des
affaires étrangères, Johannes Linthorst Homan, chef de la délégation
hollandaise à la Conférence intergouvernementale.
Rome - Traité du 25 mars 1957 de Rome signés par la France. De gauche à
droite: Christian Pineau, ministre français des affaires étrangères, et
Maurice Faure, secrétaire d'état pour des affaires étrangères.
Maurice Faure et Gaston
Monnerville, dans le train "Le Capitole" - Septembre 1958 - Archives du
Sénat
Cahors juin 1962. Inauguration de la piscine municipale. De gauche à
droite : Maurice Faure, René Eche, Gaignerot et Gaston Monnerville.
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Jean Monnet entre Pierre Pflimlin et Maurice Faure, 21 janvier 1963.
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Paris - Conseil constitutionnel Grand salon
-
09/04/1997 - Première
assemblée générale.
De gauche à droite :
-
M. Jacques ROBERT Membre du Conseil constitutionnel
-
M. Maurice FAURE Membre du Conseil constitutionnel
-
M. Jean CABANNES Membre du Conseil constitutionnel
-
M. Georges ABADIE Membre du Conseil constitutionnel.
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 Maurice
FAURE
est né le lundi 2 janvier 1922 à Azérat en Dordogne.
Agrégé d'histoire et de géographie, docteur en droit, il enseigne au Lycée
Pierre de Fermat à Toulouse.
1948 : Professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse.
1947 : Attaché au Cabinet d'Yvon Delbos, ministre d'Etat.
1947-1948 : Chargé de mission au cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury
(secrétaire d'Etat au Budget).
1950-1951 : Chef de cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury (secrétaire
d'Etat à la Présidence du Conseil).
1951 : Élu député radical-socialiste du Lot à 29 ans, et réélu en 1956
(député du Lot jusqu'en 1983).
1953-1955 : Secrétaire général du Parti Radical-Socialiste.
1956-1957 : Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères dans le cabinet
de Guy Mollet. 1957-1958 : Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères dans les cabinets Bourgès-Maunoury et Félix Gaillard.
Mai 1958 : Ministre de l'Intérieur puis Ministre des Institutions
européennes dans le cabinet Pierre Pflimlin.
1958 - 1983 : Député du Lot.
1960-1962 : Président du Groupe de l'Entente démocratique de
l'Assemblée nationale.
1961-1965 et 1969-1971 : Président du Parti Radical-Socialiste.
1962-1967 : Président du groupe du Rassemblement Démocratique de
l'Assemblée nationale.
1964-1970 : Président de la Commission de Développement Economique
Régionale (CODER) Midi-Pyrénées.
1965-1990 : Maire de Prayssac (de 1953 à 1965), maire de Cahors
(de 1965 à 1990).
1971 :
Président du Conseil Général du Lot (jusqu'en
1995)
Depuis 1974 : Vice-président du Conseil de la région Midi-Pyrénées.
1979 : Député européen de 1979 à 1981.
Mai 1981-Juin 1981 : Garde des Sceaux, Ministre de la Justice dans le
premier gouvernement de Pierre Mauroy, sous la présidence de François
Mitterrand.
1983-1988 : Sénateur du Lot, inscrit au groupe de la Gauche
Démocratique
1988-1989 : Ministre d'Etat, ministre de l'Equipement et du Logement.
1989 : Membre du Conseil Constitutionnel.
1994 : Président d'honneur du Conseil général du Lot.
Il fût aussi Conseiller général du canton de Montcuq
(Lot) pendant plus de trente ans.

Photo aimablement prêtée par
Charles FARRENY, 46800 Montcuq
(site internet :
Montcuq en Quercy
| Maurice Faure :
Européen radical |
Ministre de
François Mitterrand à deux reprises, membre du Conseil constitutionnel
pendant dix ans, Maurice Faure reste lune des figures historiques de
la vie politique française. Dernier représentant denvergure du
radicalisme, il a été lun des artisans de la construction européenne.
Un livre dentretiens, Dune République à lautre, retrace
litinéraire de ce pur lotois.
Rencontre avec Maurice Faure lors de sa
venue à la librairie Castéla à Toulouse. |
Opinion
Indépendante : Vous rappelez dans votre livre que le radicalisme
après-guerre a tenté dincarner ce fameux centre (ce quil avait été
dune certaine manière durant lentre-deux-guerres). Ne pensez-vous
pas que cest finalement le gaullisme qui a réussi à transcender le
clivage gauche / droite ?
Maurice Faure : Cest quand même
le parti radical qui a compté le plus de Présidents du Conseil sous la
IVème République. Il a été de presque tous les gouvernements et
cétait autour de lui que se faisaient les coalitions. Cétait un
pivot. Le gaullisme cest avant tout lélection du Président de la
République au suffrage universel auquel les Français tiennent
beaucoup. Mais cela coupe la France en deux : droite et gauche. Le
parti radical lui-même sest coupé en radicaux de gauche et de droite
sous la Vème République.
à propos du Parti Radical de
gauche aujourdhui, vous dites Il est condamné (
) il na plus grand
chose de nouveau à proposer et sa disparition est inéluctable. Ce
nest pas très gentil pour vos successeurs
On ma reproché les mêmes travers
queux. Jai cherché des idées nouvelles pour les apporter au
radicalisme et je nen ai pas trouvé. Je constate que mes successeurs
non plus nen ont pas trouvé. Tous ces discours que nous faisons sont
creux - comme la plupart des autres discours. Dans une certaine
mesure, peut-être que le Parti Socialiste représente aujourdhui ce
quétait le Parti Radical sous la IIIème République.
Vous êtes entré aux Jeunesses
Radicales en 1938 puis dans la Résistance en juin 44 après le
débarquement. Cela veut-il dire que vous avez été - comme beaucoup de
Français - plus sensible aux accords de Munich signés par le radical
Daladier quà lappel du 18 juin 40 ?
Daladier parlait à propos des
accords de Munich de connerie quon ne pouvait pas éviter de faire.
Il a dit quand il a vu la foule qui venait lacclamer à laéroport :
Ils ne savent pas ce quils applaudissent. Daladier le savait. Tout
le monde applaudissait les accords de Munich. Moi aussi, jétais pour.
Mais cela na pas été un élément déterminant. Ils étaient inévitables.
On a eu des mots très excessifs pour condamner Munich mais cétait
pratiquement inévitable.
à propos de lEurope, vous
dites que la France doit lui transférer sa diplomatie, sa politique de
défense, sa politique monétaire et sa politique économique.
Comprenez-vous que de tels transferts puissent inquiéter de nombreux
républicains et pas seulement les gaullistes, les communistes et les
lepénistes que vous désignez comme les adversaires de lEurope ?
Les gaullistes sont très divisés
sur lEurope. Ils ont beaucoup changé et par la voix de Chirac ils ont
rallié lidée européenne. Ils sont pour le vote à la majorité et
lélargissement de la communauté. Ceux qui sont avec Pasqua restent
hostiles à lEurope. Peut-être que lEurope que je défends est en
avance sur la conception de Chirac ou de Jospin ? Le principe de
subsidiarité veut que chacun soccupe de ce pour quoi il est le mieux
qualifié. La diplomatie, la défense, la justice, léconomie, tout cela
découle maintenant de la mondialisation. Si nous ne faisons pas en
Europe un bloc qui adhère dans son ensemble à la mondialisation, que
deviendra chacun des pays européens ? Unie, lEurope existe. Divisée,
elle nest pas grand chose.
Selon vous, lavenir de
lEurope cest lEuro et vous déclarez quune politique économique
commune entraîne une politique commune. Ne pensez-vous pas quinféoder
la politique - et le politique - à léconomie, à la monnaie et à la
finance ne marque pas un renoncement des hommes politiques ?
Cest une vaste question. Le Mark
est devenu en 1848 la monnaie commune des pays qui allaient former la
Prusse. Cette monnaie commune les a conduits à avoir une politique
commune. Je fais ce même pari pour lEuro. Jespère quil est bon. Je
nen suis pas sûr mais je crois quil est bon. Est-ce un désavoeu pour
les politiques ? Je ne le crois pas. LEuro pose les mêmes problèmes
quune monnaie nationale mais à léchelle de lEurope.
Toujours sur lEurope, vous
dites : Lunité européenne est inscrite dans le destin, elle se fera
inéluctablement. Ce qui est frappant chez les partisans de lEurope
cest ce messianisme - on invoque le destin ou un déterminisme
historique - mais on a aussi connu cette croyance dans un sens de
lHistoire pour le communisme ce qui na pas empêché le communisme de
seffondrer
LEurope a 50 ans. Elle a
commencé avec Robert Schumann qui a lancé un appel à une politique
nouvelle qui sous-entendait la réconciliation avec lAllemagne. Puis,
il y a eu le début de la construction européenne avec le charbon,
lacier, le Traité de Rome
Cinquante ans après, on peut dire que le
Traité de Rome a engendré lEuro. Aujourdhui, tout le monde parle
dune défense européenne commune. LEuro va se réaliser et la
politique étrangère commune finira par se réaliser. Cest quelque
chose de solide car cest voulu par les gouvernements, les parlements
et les opinions. Cela plaide en faveur de ce que jai appelé le côté
inéluctable de lEurope.
Vous dites : Jestime que
nous devrions avoir une politique plus franchement pro-américaine.
Est-il possible pour la France dêtre encore plus pro-américaine
quaujourdhui ?
Tous nos partenaires sont
favorables à une politique pro-américaine. La France est le seul des
pays de la Communauté qui réclame son indépendance. Je suis pour cette
indépendance mais il faudrait que les autres pays soient daccord. Les
Allemands, les Italiens et les autres nont quune idée : suivre les
Américains. La France seule ne pourra pas réaliser son rêve
dindépendance.
Il y a quelques mois, le
Commissaire au Plan Henri Guaino a été limogé pour avoir établi un
rapport affirmant quil y avait sept millions de Français en situation
dexclusion sociale ou de grande précarité. Pour votre part, vous
estimez le nombre dexclus à trois millions. Sur ces trois millions,
vous jugez quun quart de ces gens, qui se plaisent sans domicile
fixe, est irrécupérable tandis quun autre quart vit grâce aux
prestations sociales et surtout, grâce au travail au noir. Cette
vision des choses nest-elle pas un peu anachronique ?
Un quart de ces trois millions
sera toujours chômeur. Pas pour en profiter mais ce sont des personnes
qui sont inaptes au travail. Ensuite, il y a 800.000 à un million de
personnes pour lesquelles cest un métier dêtre chômeur. Le système
est le suivant : ils travaillent six mois puis se font licencier. Ils
ont des allocations élevées pendant deux ans et ils font du travail au
noir. Les véritables chômeurs ce sont les jeunes et surtout les gens
entre 45 et 50 ans. Quand on est licencié à cet âge-là, on a du mal à
retrouver un emploi. Ce sont de véritables chômeurs à plaindre.
Propos recueillis par Christian Authier |
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Dune République
à lautre : Entretiens sur l'histoire et
sur la politique,
entretiens avec Christian
Delacampagne, éditions Plon, 182 p. |
Les confessions de Maurice Faure
Il a fait l'Histoire
Maurice Faure vient de publier le seul ouvrage de son
exceptionnelle carrière politique. «La-Dépêche du-Midi» a rencontré en
exclusivité cet homme qui a tutoyé un demi siècle de politique française.
I l n'écrit pas. Il parle. Il
parle très bien. A l'aune de sa carrière politique, Maurice Faure aurait
pu prendre le temps d'écrire ses mémoires.
Des tomes et des tomes n'auraient pas épuisé ses
souvenirs intacts. Cet orateur de génie s'est contenté de raconter sa vie
politique à Christian Delacampagne, ami de son fils, spécialiste de
philosophie politique et d'histoire contemporaine. Un bref ouvrage (trop
bref ?) dans lequel l'ancien président du conseil général du Lot porte un
regard sur sa très longue carrière. Sans fard ni miroir déformant il
décrit plus d'un demisiècle de politique française. Un demi-siècle où il a
souvent occupé des postes essentiels.
Maurice Faure nous invite à pénétrer dans cet univers,
nous permet de rencontrer des grands personnages du siècle.
Le chemin parcouru par Maurice Faure ressemble à une
ascension fulgurante de l'Everest suivie d'une promenade de santé, parfois
agréable sinon monotone. Son Everest à lui c'est le Traité de Rome. L'acte
fondateur de l'Europe. Il n'avait alors que 34-ans et déjà il était devenu
le Mozart de la négociation, un diplomate reconnu.
En cette IVe république, armé du levier radical, il
s'apprêtait à devenir l'un des plus grands hommes d'Etat français.
Mais la Ve république est passée par là avec son
bipolarisme, son manichéisme droite-gauche.
Maurice Faure n'a pas choisi son camp. Il est du
centre, du consensus, de l'harmonie des idées. A partir de cet instant il
n'a trouvé que bien peu d'intérêt au combat politique. C'était un surdoué
épicurien, un séducteur, qui n'a pas vraiment forcé son talent pour se
maintenir parmi l'élite politique de l'Hexagone.
«Je ne regrette rien, j'ai fait ce que je voulais, je
n'en demandais pas plus», affirme-t-il aujourd'hui. Il a compris sans
doute avant tout le monde, qu'au regard de l'Histoire, la construction de
l'Europe serait indélébile. Les hommes, eux, s'effacent.
Prayssac
Le forum et l'Empereur
Dans la cité du maréchal d'Empire Bessières, les
références historiques ne manquent pas. On se plait à dire que le
signataire français du Traité de Rome, acte fondateur de la construction
européenne, n'était autre que le maire de Prayssac.
Dans la cité du maréchal d'Empire Bessières, les
références historiques ne manquent pas. On se plait à dire que le
signataire français du Traité de Rome, acte fondateur de la construction
européenne, n'était autre que le maire de Prayssac. En 1956, Maurice Faure
gérait la ville depuis trois ans. En deux mandats, il va assurer le
décollage de l'économie et des infrastructures, avant de passer la main en
1965 à son épouse, Andrée, pour deux autres mandats. Les vieux Prayssacois
vous diront qu'en fait il était resté un mairebis.
La station d'épuration, l'une des premières dans le
Lot, la salle des fêtes, la piscine, le mille-clubs, le VVF, etc., c'est
lui.
Michel Lolmède, le maire d'aujourd'hui, explique que
«Maurice Faure est né politiquement à Prayssac et Bernard Charles
biologiquement».
D'un maire à l'autre
Chaque personnalité d'envergure
alimente le livre aux anecdotes. On raconte à Prayssac qu'un jour de
foire, alors que Maurice Faure discutait sur la place lorsque la
secrétaire de mairie vient lui annoncer que son fils est reçu à l'ENA. Un
quidam s'écrie alors dans la foule : «Ça ne m'étonne pas, sa mère est si
intelligente».
Bien entendu, il voulait dire : sa mère aussi est
intelligente, corrige-t-on aussitôt, personne ne contestant les capacités
intellectuelles de l'ancien ministre.
Le quiproquo résume en tous cas assez bien les rapports
de déférence taquine entre celui qui a tant marqué de son empreinte la vie
des Lotois et ses administrés eux-mêmes. Prayssac garde un peu la
nostalgie de cette époque où les enjeux politiques quercynois se
cristallisaient autour de la place d'Istrie, autour de «L'Empereur du
Lot».
Extraits de "La Dépêche du
Midi"
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